Oct08

Interview SWANN

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Par Clément Gasc (Agorafrog)

Photo : Elise Grynbaum

En collaboration avec Agorafrog

Dans le rayon surencombré des jeunes chanteuses françaises, l’élégante et souriante parisienne Swann réussit le pari d’être une belle promesse pour l’avenir, manifestant une originalité étonnante, notamment en ce qui concerne la texture musicale et tout le travail derrière sur la matière sonore et le choix des instruments. Dans un ensemble d’une extrême cohérence et bénéficiant de l’apport de musiciens expérimentés, elle sort le 12 novembre prochain chez Atmosphériques, son premier album sobrement intitulé « Neverending ». Elle y plante un décor pop-folk-acoustique doux et énigmatique, avec les rythmes universels de la Folk, de la Country et du Blues.

Voir le clip de "It Don't Ryme"

 

Comment as-tu tapé dans l’œil du label Atmosphériques ?

En janvier 2010, je me suis inscrite sur le site Noomiz. C’était encore la version bêta du site, c’était le tout début. Apparemment les gens ont bien aimé. Antoine de Noomiz m’a proposée de jouer pour la première « Noomiz Party » en avril 2010, à l’International. Après ça, j’ai rencontré Thierry Philippon et Marc Thonon, c’était à l’époque où j’habitais à Londres. Je les avais rencontrés comme ça, eux m’ayant découvert sur Noomiz parmi les autres artistes.

Ton premier album « Neverending » va sortir le 12 novembre prochain. Que veux-tu évoquer avec cette notion d’inépuisable et d’interminable ?

Ça peut paraître ridicule ce que je vais dire, mais j’ai écrit cet album, hantée par la peur de la fin du monde. Depuis petite, j’ai peur que les choses se finissent, que tout se termine. Je pense que c’est une angoisse. Lorsqu’on écrit des chansons ou qu’on crée une oeuvre d’art, c’est forcément quelque chose d’optimiste, qui va de l’avant…c’est l’ombre et la lumière. J’ai un petit peu dépassé cette angoisse qui m’obsédait réellement, en écrivant des chansons. Avec un titre comme « Neverending », je voulais donner la sensation qu’il n’y a pas de fin, que tout est éternel. Mais il est vrai que cet album contient quatorze pistes, c’est un album long, mais je n’avais pas envie qu’il se termine. Et puis le dernier morceau « Hold Me Close » se termine sur une longue partie instrumentale et je trouve qu’il symbolise bien Neverending.

Etait-ce un rêve de faire un album avec autant de titres ?

Oui, c’était mon rêve et je ne savais pas que c’était faisable. J’en suis très contente, car c’est vraiment comme ça que je conçois la musique. C’est de la générosité et aussi pour que les gens puissent découvrir un univers large. J’ai mis longtemps à écrire cet album, il y avait une quarantaine de morceaux au début, puis on a écrémé jusqu’à vingt-cinq, puis ensuite jusqu’à seize et enfin jusqu’à quatorze. Atmosphériques ne m’a imposé aucune direction artistique, j’ai été très libre en studio. En plus de ça, nous sommes vraiment tombés d’accord sur le choix des chansons qu’on allait conserver, puis enregistrer.

Peux-tu me dessiner les contours de ton album ?

C’est un long album qui voyage dans pas mal de directions. Il est assez varié avec des chansons qui ne se ressemblent pas, alors qu’elles appartiennent au même univers. Elles correspondent à plusieurs étapes de ma vie, à mes états d’âme. Cet album je le vois comme un voyage, à la fois dans le temps et dans l’esprit humain.

Swann, ta musique est un mélange de très nombreuses influences, comment toi définirais-tu ton style ?

Je ne peux pas le définir par des adjectifs ou par les mots qu’on a l’habitude d’entendre comme pop ou rock.  Par contre, je vais dire que c’est le fruit de toutes mes inspirations et de tout ce que j’ai écouté jusqu’à présent, de la musique des années 60/70 à la pop, en passant par la folk, la soul et la variété.

Qui sont tes influences majeures ?

David Bowie est une influence majeure pour moi, pour sa conception de la musique et pour sa volonté de toujours vouloir évoluer avec son temps tout en essayant des choses auxquelles la plupart de ses fans ne s’attendaient pas. Ensuite, je dirais le Velvet Underground, Nico, John Cale, Lou Reed et tous leurs protagonistes. Je les admire beaucoup. De la même façon, j’aime leur vision de la musique et leur manière d’ajouter ce côté visuel et cette dimension spectacle à leurs concerts et à leur musique en général. Enfin Leonard Cohen, surtout pour les paroles. C’est un vrai poète, un des meilleurs d’entre nous sur cette Terre. J’aime beaucoup sa voix. Et puis, j’aime les artistes féminines comme Dusty Springfield ou Diana Ross.

3 Chansons phares ?

Je ne peux pas choisir une chanson en particulier, car c’est un univers, mais je suis obligée de citer David Bowie. Ce sont surtout des albums, j’ai beaucoup aimé « Hunky Dory » (1971), « The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars » (abrégé Ziggy Stardust, 1972), toute la période début 60 et fin 70 aussi. Comme chansons, je peux te citer « Starman » que j’écoutais beaucoup au collège. Ça me plait toujours autant. Parmi les chansons des Beatles aussi, il y a des choses qui m’ont beaucoup inspiré, je pense à la chanson « Here, There and Everywhere » (sur l’album Revolver, 1966). Et puis je dirais des chansons que je jouais beaucoup étant plus jeune et qui m’ont énormément marqué. Par exemple « Angie » des Rolling Stones.

On dénote une mode récente des cover song et des reprises très perso, cite-moi le nom d’une chanson que tu aimerais reprendre ?

Ce que j’aime dans les reprises, c’est de faire (re)découvrir aux gens des chansons qu’ils connaissent ou pas et de manière différente. Là comme ça, je pense à « Bobby Brown Goes Down » de Frank Zappa, que j’adorais reprendre et qui est très agréable à chanter.

Comment artistiquement as-tu trouvé la frontière entre bons et mauvais choix, notamment en ce qui concerne celui du choix des morceaux ?

En fait, ça s’est fait assez naturellement, parce qu’il y avait certaines chansons que je n’avais plus envie de chanter. Et quand tu n’as plus envie de chanter des chansons, ça veut dire que c’est fini. J’essaie de faire en sorte que mes chansons ne soient pas marquées dans le temps, qu’elles parlent à tout le monde, qu’elles soient intemporelles. Et ça n’a rien de prétentieux, c’est juste une quête. C’est de cette manière que je sélectionne les chansons que je veux garder. Il faut qu’elles me procurent quelque chose.

A part le chant, que préfères-tu aujourd’hui dans ton métier ?

Moi ce que je préfère, c’est la composition… je trouve qu’il y a un truc un peu magique, car tu ne sais pas comment vient l’inspiration. Par rapport à l’interprétation, c’est complètement autre chose. Mais pour moi, il n’y a pas d’interprétation s’il n’y a pas de composition. Encore une fois, il y a quelque chose de magique dans la création et dans le fait d’interpréter un morceau en live, de l’enregistrer…tout est magique derrière. Parfois j’écris une chanson et je me dis que je ne pourrais plus jamais en réécrire une comme ça et finalement ça revient.

Qu’est-ce qui te procure autant de plaisir à monter sur scène ?

C’est génial ! Je souhaite à tout le monde de vivre une expérience comme celle-çi. Chanter devant un public me procure des frissons et le cœur devient grand, vous savez comme dans un looping. C’est Space Mountain mais en mille fois mieux, parce que tu crées quelque chose, tu es actif.

As-tu un petit rituel avant tes concerts ?

Mon rituel, c’est de boire un ou deux verres de vin avant de monter sur scène. Ou bien j’écoute de la musique qui me donne la pêche. Par exemple dernièrement, j’ai écouté The Brian Jonestown Massacre ou Joy Division. Ça peut paraitre bizarre, puisque ma musique est assez douce dans l’ensemble, mais ce qui me plait c’est l’intensité.

Quand on sait qu’on ne peut jamais reproduire un concert deux fois de la même façon, comment comptes-tu gérer la complicité avec ton public ?

Je n’aime pas parler en concert. Je pars du principe que les gens viennent pour la musique. Evidemment, il faut rester poli, de toute façon je le suis de nature, donc je dis bonjour, mais cela s’arrête là. J’essaye plutôt de créer quelque chose à travers ma musique, il faut que ça parle au public et je fais tout pour…de toute façon, ça se voit quand les gens font quelque chose avec le cœur ou non.

Peux-tu me présenter la petite équipe qui t’entoure et qui t’accompagne sur scène ?

On ne sera pas toujours tous ensembles sur scène. En tous cas, l’équipe au complet au studio c’était : Stephen Munson (harmonica, stylophone, guitare et chœurs, il est anglais et c’est aussi mon manager), Bradney Scott (contre-basse et en plus c’est un personnage extraordinaire), Mocke Depret (guitariste du groupe français Holden), ensuite Emmanuel Mario dit Emma (batterie) et David  Berland (pianiste, organiste, claviériste). On était également avec Rob Ellis, qui a réalisé l’album. C’est vraiment une grande famille et c’est ainsi que je le conçois. Ils me rassurent.

Quand as-tu compris que la musique pourrait être un vrai métier porteur pour toi et un vrai mode de vie ?

J’ai attendu le dernier moment. Je ne suis vraiment pas téméraire. J’ai terminé mes études, parce que je voulais assurer mes arrières. J’ai attendu d’avoir de bons contacts avec Atmosphériques avant de vraiment me lancer. Je n’ai pas envie que la musique devienne un cauchemar, c’est une de mes raisons de vivre, donc j’ai préféré bien préparer les choses.

Vois-tu aussi le métier d’artiste comme un formidable vecteur de communication ?

Je pense que c’est un métier d’accompagnement. Nous ne sommes pas là pour emmener les gens dans un monde de paillettes, on les accompagne sur des petits moments de vie, en partageant quelque chose qu’on ressent.

J’ai particulièrement accroché avec ton timbre, comment expliques-tu cette maturité précoce dans ta voix ?

Je pense que je n’y suis pour rien. C’est surtout que je suis née avec cette voix grave. C’est marrant, car parfois elle peut étonner les gens. Je suis contente que ça te plaise, soit ça plait, soit ça ne plait pas ! En gros, je chante comme je parle, c’est quasiment dans la même tonalité, donc je ne me suis pas trop poser de questions. Mais je pense que je chantais moins bien avant lorsque j’étais adolescente, j’ai appris à chanter et à mieux appréhender la chose.

Comment créer un objet intemporel tout en conservant une certaine qualité artistique ?

Ça peut paraitre pompeux ce que je vais dire, mais j’essaie toujours d’aborder mes textes avec un côté très poétique. Ce qui me plait dans la poésie, c’est le fait que les auteurs utilisent des mots, des sensations, des choses qui parlent à tous et qui sont dites d’une façon belle, agréable ou parfois dérangeante. C’est ce qui permet d’avoir une intemporalité dans le texte. Il faut vraiment être intransigeant dans le choix des mots, sur les paroles, sur le choix des thèmes, des images…il faut y faire très attention. Et ça j’y porte une attention toute particulière. Toujours essayer de dépasser l’anecdotique, c’est ma formule en tout cas. Que les gens se retrouvent dans ma musique et quel que soit l’époque.

Qu‘est ce qui t’as inspirée pour écrire cet album ? Et quels seront les thèmes que l’on pourra retrouver ?

Ce qui m’a principalement inspiré, ce sont les relations humaines. Dans toutes les chansons, je cite beaucoup le mot « love ». Je n’ai pas compté, mais j’en ai vu pas mal sur le tracklisting. Mais je traite aussi de l’importance de la mort, de la fin. Je ne suis pas croyante, mais je crois en une force supérieure, donc cette inspiration-là était importante. Donc la foi, l’amour, la mort, l’amour, les relations humaines et tout ce qui va avec, la solitude notamment.

Enfin chère Swann, pour l’écriture de cet album, dans quelles autres formes artistiques as-tu puisé?

J’ai beaucoup puisé dans la littérature et dans les ouvrages phares que j’ai lus. Par exemple Marcel Proust m’a beaucoup intéressé dans la manière qu’il avait de décrire la vie, sa réflexion sur l’amour et la jalousie. C’est pour ça aussi que je cherche une certaine intemporalité dans mes textes.

 

Photos: Kelly Joaquina

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