Mar18

Stuck In The Sound à la conquête du Monde

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Par Clément Gasc (Agorafrog)

Stuck In The Sound à la conquête du Monde

En collaboration avec Agorafrog

Publié en licence par le label indépendant français Discograph (Angus & Julia Stone, Beat Assailant, General Elektriks, Le Peuple De L’Herbe), le quatuor parisien au charisme évident, impose sa patte avec un nouvel album « Pursuit » et rêve d’un destin international à la manière de Phoenix et M83, avec comme ambition de « dégommer tout sur son passage ».

C’est à l’Alba Opéra, charmant petit hôtel à l’atmosphère typiquement parisienne, bâtiment d’architecture hausmannienne, coincé entre Opéra, Montmartre et Pigalle, que je retrouve en toute hâte José Reis Fontao et Emmanuel Barichasse du groupe francilien Stuck in the Sound, amputé pour l’occasion de deux de ses membres, Arno Bordas (basse) et François Ernie (batterie, chœurs), absents pour raisons personnelles.

Le chanteur et guitariste José Reis Fontao, est une fusion géniale entre Thom Yorke (Radiohead), Matthew Bellamy (Muse) et Billy Corgan (Smashing Pumpkins), m’assurant avec fermeté qu’il n’y a pas de leader ou de chef de file au sein des Stuck, même si les médias ont tendance à le mettre en avant, plus que les autres. « Pas de chef de file, s’il y en a un qui n’est pas satisfait, le morceau disparait, tout le monde doit être d’accord…»

L’histoire a commencé il y a une dizaine d’années, en région parisienne, par des petites scènes où tous les groupes de rock sont obligés de passer. Nos quatre amis ont décidé de tout plaqué, jobs alimentaires et études pour se consacrer à leur seule et unique mission : délivrer de l’émotion et faire plaisir aux gens avec leur musique.

Apres la sortie du 1er album, tournée gigantesque à travers la France, festivals d’été, petits clubs de province,  c’est d’abord par la scène que les Stuck se sont fait connaître. Rock en Seine, les Vieilles Charrues ou encore les Eurockéennes de Belfort. « Rock en Seine, on était comme des gamins, car on a joué avec Queens of the Stone Age et Pixies, c’était Euro Disney pour nous »

Un café plus tard, les deux compères névrosés du son, m’explique que « chaque chansonchaque création a sa propre histoire », que l’idée pouvait venir de Manu ou de José, ou bien à partir « d’un bœuf ou d’une improvisation rapide », les origines et influences du groupe étant vraiment disparates.

José m’assure ensuite que le « son stuck » se construit « tel un puzzle, autour d’un collage musical, mélodies et voix, voir même à partir d’une petite minute d’impro hypra intéressante ».
Mais attention aux rapprochements faciles ou autres parallèles légèrement réducteurs, leur son gorgé de références n’est pas de l’indie rock pur et dur, c’est juste la combinaison musicale de quatre garçons dans le vent, avec une vraie envie d’indépendance artistique, et qui gravite autour de la petite scène parisienne.

Biberonné au rock indé américain des années 90, Emmanuel me déclare que le quatuor aime autant « jouer des chansons hyper expérimentales que des ballades pop ». En fait, avec « Pursuit », ils ont évité de retomber dans les « ornières » des albums passés, avec des choses qu’ils ont tentées et réussi, alors qu’ils n’arrivaient pas à oser auparavant. Pursuit marque aussi l’anniversaire des dix ans du groupe (2002-2012), « c’est dix ans de taf, quatre mecs bossant ensemble et qui se connaissent par cœur »,  « l’album de la maitrise, sans doute le plus abouti », rajoute José,  c’est surtout celui qui leur permettra d’en faire pleins d’autres derrière à mon sens.

Lorsqu’il s’agit de poser la sempiternelle question au sujet des références musicales, José d’un air enthousiaste évoque tous les artistes qui ont influencé le groupe, de Smashing Pumpkins, qui pouvait jouer à la fois des « ballades légères et des titres vénères », à Nirvana, davantage la période « Nevermind »  et « In Utero » que celle de « Bleach », en passant par Michael Jackson (avant History), Kurt Cobain, The Pixies, leurs dieux sur scène At the Drive-In, leurs dieux tout court Sonic Youth et le chanteur brésilien Caetano Veloso.

« Que ceux qui pensent que l’on a fait un album avec des titres beaucoup plus pop pour élargir notre public, c’est faux » (José Reis Fontao)

La conversation prend de l’ampleur lorsque le chanteur charismatique m’avance que tout a changé en 2005/2006, avec la sortie de leur premier album « Nevermind the Living Dead » au rock brut de décoffrage, et dont la facture déjà à l’époque était de bon aloi. Après un premier disque non-officiel, et à l’heure où l’indie rock en France était persona non grata, à part pour quelques médias spécialisés qui s’y intéressait, les Stuck ont travaillé et cravaché de toutes leurs forces pour accoucher d’un premier bébé, après quatre longues années de recherche artistique en studio et de tribulations quotidiennes, compilant titres sur titres. « Ca été progressif comme dans les jeux vidéo, on débloquait des choses pour passer aux niveaux d’après, on y a toujours cru tête baissée, on a foncé dans le tas ».

Ecoutant Bashung et Gainsbourg avec admiration, pour José « chanter en anglais s’est fait tout naturellement ». Au sujet de son énergie dévastatrice et de son timbre si singulier, il sera beaucoup plus évasif, ne pouvant lui-même pas expliquer le pourquoi du comment de cette voix aigüe, plaintive et si personnelle. Il est clair et manifeste que les Stuck jouent et pratiquent la musique qu’ils aiment, le son c’est un petit peu « leur Freund à eux », leur thérapie, leur psychanalyse, et « ils arrêteront quand ils se sentiront perdus, comme ces groupes en autarcie », qui se renferment ou se perdent dans des contraintes d’ordre esthétique ou commerciale, parce qu’ils n’ont plus le recul nécessaire sur leur musique.

Les babyrockers français en vogue actuellement chantent tous ou presque en anglais, 2012 c’est un « bordel fusionnesque », grand « patchwork » au mélange de styles, mais que restera-t-il dans 10 ans et quel regard porterons-nous sur nos tendances actuelles, dixit Emmanuel, toujours aussi concentré et attentif.

Malgré un esprit punk indéniable, ils ne rejettent pas le système musical actuel pour autant, car ils savent très bien qu’aujourd’hui « ce qui peut faire évoluer les tendances c’est le net ». Leur taf, je l’ai dit c’est que le public s’éclate et prenne du plaisir, mais ils détesteraient, et plus spécifiquement José, avoir une carrière à la manière de Coldplay, « remplir des stades me fouterait des angoisses pas possible ».

José Reis Fontao  et ses trois copains souhaitent que le style Stuck se propage un peu partout, leur vœu le plus cher étant de continuer de faire de la bonne musique et d’en tirer la quintessence, comme n’importe quel musicien. Mais quel est votre public m’exclamais-je ? « Le public est arrivé progressivement et s’est élargi au fur et à mesure ». Au départ, il faut savoir que leurs fans étaient essentiellement des jeunes, puis sont arrivés, « des quadragénaires »  sur le second opus, ce dernier étant beaucoup « plus dark ».

Comme le souligne très justement Manu, après un énième thé, « il suffit juste de regarder Tracks pour trouver des gens dix fois plus alternatifs ». Il ne souhaite pas faire toute sa vie « des concerts hyper pointus au Point Ephémère », il veut toucher toute catégorie de personnes et pas uniquement le français lambda. Il sait très bien que Stuck in the Sound a toujours été au milieu, « ni trop haut, ni trop bas », regardant au passage sainement les succès internationaux de leurs confrères de Phoenix ou M83, qui se permettent des shows télévisuels au pays de l’Oncle Sam.

« On a démarré la promo avec Bandruptcy, qui est un titre criard, décousu, bien rock, puis après est venu Brother, avec des sonorités électroniques, il y a même un titre progressif, avec de la flute traversière…»

Alors oui, nos amis de la région parisienne peuvent continuer de rêver au David Letterman Show ou autre Saturday Night Live, mais après tout, les groupes qu’ils ont aimé étant plus jeunes, ont fait ces émissions dans les années 90, alors pourquoi pas eux?

Révélé en 2004 par le concours CQFD des Inrocks (Ceux qu’il faut découvrir), il y a ensuite le single Toy Boy, véritable rouleau compresseur,  qui les propulse au-devant de la scène, puis la signature chez Discograph en 2006 en licence, c’est à dire qu’ils possèdent leur propre label indépendant à côté, en marge des grandes majors de l’industrie du disque, avec des  valeurs  très proche de l’underground, de la contre-culture, à la recherche d’un rock pur et authentique, éloigné des standards commerciaux.

A la manière des groupes britanniques qui jouent sur plusieurs tableaux, José peut aussi bien mixer et y prendre du plaisir, me rappelant, non sans une once de nostalgie, la période faste du regretté Paris Paris, qui n’existe plus aujourd’hui, le meilleur club parisien a ses yeux, avec aussi le Palace. Hyper proche des Birdy Nam Nam, Justice ou Iam Chien, il m’avoue que tout le monde se connait, fréquentant pour la plupart, les mêmes endroits branchouilles, fatigués à excès des lieux où l’on ne peut rentrer en baskets. (Silencio, Baron ?)

Si vous voulez les croiser, José préfère de loin le Bus Palladium, le Mansart, le nouveau spot du quartier Pigalle, ou bien le Sans Souci, autre lieu dernier cri, envahi de jeunes rockers.

Voir le clip de "Brother"

En concert les 22/03 (La Cigale, Paris), 23/03 (Marne La Vallée), 29/03 (Orléans), 30/03 (Rennes), 31/03 (Putaux), 6/04 (Morlaix), 11/04 (Lyon), 12/04 (Marseille), 13/04 (Arles), 14/04 (Crans Montana, Suisse), 16/04 (Sannois), 19/04 (Amiens), 20/04 (Strasbourg), 21/04 (Lille), 27/04 (Nantes), 16/05 (Sannois), 24/05 (Ramonville), 27/05 (Clermont-Ferrand), 11/07 (La Rochelle), 20/07 (Nice)...

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