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Interview Fránçois and The Atlas Mountains

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Par Clément Gasc (Agorafrog)

Interview Fránçois and The Atlas Mountains

En collaboration avec Agorafrog

Fránçois and The Atlas Mountains s’inscrit dans un registre pop-folk très agréable, avec des guitares aguicheuses et des mélodies légères, tantôt joyeuses, tantôt mélancoliques, une musique douce et aérienne, que l’on peut retrouver sur le prestigieux label britannique Domino Records (Arctic MonkeysDirty ProjectorsThe KillsThe Magnetic FieldsFranz Ferdinand…). Rencontre avec le leader du groupe François Marry, originaire de Charente-Maritime, et qui nous sert un savant mélange de folk, de rock, de world music et de chanson française, avec un univers poétique à la clé, résolument sensuel et envoûtant.

Voir le clip de "Les plus beaux"


Est-ce que l’art est pour toi la quintessence de la réalité? La chose la plus essentielle au monde?

Non la réalité est plus importante. La vie de tous les jours peut exister sans l’art, par contre l’art n’est rien sans la vie.

François, on dit souvent que l’artiste, qui enfante une œuvre, en a la délivrance dans la douleur. Es-tu d’accord ?

Pas du tout, chez moi la création est un soulagement, un réconfort.

Baudelaire disait « Sensation de béatitude spirituelle et physique… lumière intense qui réjouit les yeux et l’âme jusqu’à la pamoison…» Quelle est la place du beau pour toi justement ? Et qu’est-ce qui t’émeut ?

Je suis très proche de Baudelaire dans son poème l’Étranger, je me complais à regarder les choses simples du monde, même si la beauté n’est pas saisissable en soi:

“Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? (…)
La beauté ?
- Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle. 
(…)
- Eh ! Qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages !”

Chez toi, l’émotion nait-elle dans la création, dans l’interprétation ou dans la contemplation ?

Le plus souvent et le plus fortement dans la contemplation. La création et l’interprétation sont comme des rituels, qui permettent de faire appel à l’émotion pour passer un moment spécial.

La musique représente-elle une sorte de catharsis ? (Sorte de thérapie pour extérioriser des traumatismes vécus ?)

Peut-être, c’est surtout pour moi une célébration de la vie et de la capacité humaine à créer une matière abstraite.

Si ton album était un voyage, tu nous emmènerais où ?

Hors des cranes, hors des têtes, hors des animosités verbales déclenchées comme des automatismes par nos esprits belliqueux.

Est-ce voulu cette sensation de beauté, qui se dégage de ta musique ?

Non j’essaye juste de faire des sons, qui me permettent de me sentir mieux.

Toi tu as l’air réceptif à ces sons, ce n’est pas le cas de tout le monde. Pleins de gens trouvent ma musique chiante à mourir.

Y-a-t-il une part d’érotisme ?

Oui, une grande part de sensualité et de fantasme.

On sent que tes textes sont très pensés et très réfléchis, as-tu été beaucoup influencé par la poésie ?

Oui je crois. J’aurais préféré être influencé par le foot et par les voitures de sport, ça aurait été moins ringard et plus viril. La poésie ne m’aide pas beaucoup à me sentir mieux et à ma place en société.

Tu disais, lors d’un interview qu’Arthur Rimbaud était un repère. En quoi a-t-il influencé ton travail?

Cette confiance et cette fougue de la jeunesse.

J’ai trouvé des ressemblances avec Grizzly Bear et Animal Collective sur Be Water, The Drums et Beach Fossils pour City Kiss, Du Fool’s Gold sur Muddy Heart, du Local Natives et du Bombay Bicycle Club sur Edge Of Town, The Dodos et Fleet Foxes pour Les Plus Beaux. Es-tu d’accord avec ces choix ?

Ça ne me regarde pas trop, je te laisse ce plaisir d’auditeur, à savoir naviguer d’une ressemblance à une autre. Laisse-moi juste le plaisir, de penser que Bail Eternel tient du Spirit Of Eden de Talk Talk.

Des syncopes de guitares afro-pop aux rythmes tribaux, peut-on parler de musique tricontinentale ?

Non, juste de rêve et de musique. Mon frère écoutait autant Led Zeppelin qu’Ali Farka Toure, ces deux disques avaient les mêmes valeurs. Ils venaient de pays étrangers, avec une culture différente et une musique profonde.

On ne me dit jamais que mon jeu de guitare et les batteries sont influencées par le rock anglo-saxon, car ces rythmes et styles sont devenus tellement la norme. On pense que c’est la seul manière de faire des rythmes entraînants.
On devrait parler de World Music, quand on parle de l’influence du Rock Américain sur la musique européenne.

Choix de l’anglais dans tes chansons? Est-ce un Mimétisme Culturel? Moyen d’être à la mode ou de paraître branché? Tu mélanges français et anglais, peut-on parler de franglais?

Je me sentais bête à chanter toujours en français, lors de mes premiers concerts à Bristol. J’ai commencé par écrire des textes en anglais, pour que le public comprenne le fond de ma pensée.

Pour être branché, je m’y suis mal pris, car je n’ai jamais eu un bon accent. Pas besoin d’avoir un bon accent pour être compris en anglais.

Pourquoi avoir choisi la chanson, plutôt que la poésie ou la littérature ?

Parce que j’aime bouger mon corps sur scène.

Qu’est-ce que ça te fait d’être la première signature française de l’écurie anglaise Domino Records et de passer derrière les Arctic Monkeys, The Kills ou autre Franz Ferdinand ?

Il y a pléthore de groupe sur Domino qui sont restés complètement inconnus, je ne me fais pas d’illusion. Le succès dépendra de ce que j’ai à offrir au monde, par ma musique, que je sois sur Universal, Domino ou StitchStitch.  Cela dit j’aime beaucoup la liberté artistique qui est laissée aux groupes chez Domino.

 

Remerciements: Fránçois and The Atlas Mountains

Crédit Photos: Lola Pertowsky

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