Jui14

Interview Concorde

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Par Clément Gasc (Agorafrog)

Interview Concorde

En collaboration avec Agorafrog

Gros coup de cœur pour Concorde, groupe d’électro-pop français en provenance de Paris, qui se compose de Clément Froissart (vocals, guitare), Louis Delorme (batterie, TR-808) et des frères Zippel : Max (synthé, guitares, chœurs) et Roger (synthé, basse). Leur album « Summer House » se déguste comme un dessert glacé en plein soleil : rythmes accrocheurs bien percutants, refrains subtilement catchy, ajoutez-y quelques gouttes de pop élevée à la sauce britannique, un univers bonbon inspiré des années 80 et 90, et vous obtiendrez une atmosphère glorieuse digne de Metronomy, qui fait d’eux une des formations les plus originales de la scène française.

Voir le clip de "Candy Boy"


Concorde est-ce un croisement entre Phoenix et la new-wave des années 80 ?

Clément - C’est ton point de vue personnel et ce sont tes références, mais c’est très cool. Phoenix du coup, c’est hyper ensoleillé et jovial, il y a un truc « très happy » et je pense que dans la new-wave des années 80, il y a ce côté plus mélancolique qu’on a aussi. Donc ça correspond, il y a quelque chose en effet !

Et vous sentez-vous proches de groupes tels que Delphic, Metronomy ou Two Door Cinema Club ?

Clément - Alors Delphic, on a joué avec eux et on est en contentieux, on est en baston !! (rires) Non en fait, ils nous ont pris toutes les tranches sur la console, nous étions un peu énervés !! Mais sinon, oui ce sont des cousins éloignés, ce sont les mêmes influences je pense.

On pense aussi à Talk Talk et à New Order…

Max - C’est marrant car nous avons fait une interview récemment au Mouv’ et on nous a pas mal sorti New Order !! Déjà à l’époque de notre premier EP avec notre ancien groupe Candy Clash, où on était en plein dedans, (genre l’âge le plus sombre de la vie, la fin de l’adolescence…) on se revendiquait plus de Joy Division et de ce genre de choses. On nous sort toujours ces références, nous on ne les voit plus, mais j’imagine que ça doit transparaitre, en fait c’est un peu comme des airs de famille.

Et la comparaison avec Depeche Mode, vous l’assumez ?

Clément - Bien sûr !! Ce sont des tueurs!! Je ne suis pas fan, mais c’est énorme Depeche Mode. Quand tu sais qu’ils ont commencé à 17 balais, tu te dis « bon okay d’accord » !!

Au petit jeu des ressemblances, la dernière que j’ai pu trouver c’est avec Grand National, groupe anglais que j’ai surkiffé étant plus jeune…

Clément - Cool j’adore !! Moi je suis très fan !! Je pense que c’est au niveau des harmonies. Je suis d’accord, il y a quelque chose dans le même esprit, c’est chaud/froid, triste et gai.

Alors qui est Concorde pour ceux qui ne vous connaissent pas ? Membres du groupe et rôles de chacun…

Max - Clément c’est le lead singer et lead guitare. Roger à la basse, c’est mon frère. Moi je suis Max, au synthé, guitares et chœurs, et enfin il y a Louis le batteur.

Clément - Louis s’occupe par moment des vieilles boites à rythmes genre TR-808, il est assez fan de synthés aussi. On est tous des geek de l’analogique et des vieux synthés. Quand on peut, les rôles se perdent légèrement, sauf pour la batterie, quoique Max il pourrait très bien en jouer par moment. Par exemple, en studio, Louis peut prendre un synthé et Roger une guitare…

Max - On est tous un peu multi-instrumentiste, on a tous des désirs et on n’a pas de problèmes d’égo du genre “cet instrument est à moi!!” Mais c’est vrai que d’un point de vue psychanalytique, on est un petit peu restés au stade analo !! (rires)

Avec cet album « Summer House » dans lequel je précise « il n’y a aucune pistes à jeter », vous vouliez apporter une vraie bouffée d’air frais ?

Clément - Je pense que si tu essayes de faire un truc frais, ce sera tout pourri. Il y a d’abord l’écriture avant d’aller en studio et je pense qu’il y a vraiment un truc instinctif. On ne se dit pas « tiens on va faire comme ça » !! Ça vient tout seul !!

Avez-vous conscience qu’il en ressort un résultat ultra frais et coloré ?

Clément - Léger cela pourrait être un synonyme !!

Max - On sort en gros d’une phase beaucoup plus dark et nous avions envie tout naturellement de rajouter une petite note groovy. Il y a toujours une base, en termes d’harmonies, ce qui nous touche c’est souvent quelque chose de triste ou de mélancolique et après on rajoute un peu de bonbon et on arrive à un équilibre qui est Concorde.

Le groove ? d’où le parallèle avec Metronomy ?

Clément - On n’a pas écouté Metronomy en se disant qu’on allait faire comme eux. Même Nights Out on a adoré, et le dernier album The English Riviera c’est juste une claque énorme au niveau de la prod’, c’est un album monstrueux !! La comparaison possible avec Metronomy, c’est que nous avons sans doute les mêmes influences et que nous sommes issus de la même génération.

Mais pourquoi y a-t-il ce retard à l’allumage de 4/5 ans avec nos voisins britanniques ?

Max - Le truc c’est que nous sommes dans une économie Do It Yourself et dans ce genre d’économie, ça prend du temps. Dans l’album sorti récemment, il y a des chansons qui ont quatre ans. Si nous avions une grosse prod’ derrière, il y a des chansons qui auraient pu sortir il y a 4/5 ans. Le truc c’est que nous, on écoute quasiment aucune musiques françaises, du coup nous sommes dans une actualité qui est complètement internationale, ce qui fait que nous sommes autant influencés par les petits mouvements émergents grâce à internet, que par le mec qui est voisin du club qui joue ce genre de sons par exemple. Il y a une instantanéité, du coup on ne subit pas trop “le truc” du retard français, car au niveau de l’écoute nous sommes orientés international.

Sur l’album, vous balancez continuellement entre nostalgie et allégresse, est-ce pareil en studio ? L’ambiance est-elle plus sombre lorsque vous créez quelque chose de coloré ?

Clément - Il peut y avoir des moments sombres, il y a les deux. En général, les moments sombres sont plutôt lorsque nous réfléchissons aux titres, quand on écrit, là on se pose les bonnes questions, tu sens que l’on crame, ça chauffe !! Après il y a un moment d’allégresse lorsque nous avons terminé un morceau, on se le met dans la bagnole à donf’ et nous sommes trop contents d’avoir fait une nouvelle chanson.

Max - On laisse une énorme part à l’inconscient aussi bien dans l’écriture des textes qu’au niveau de la musique. C’est Picasso qui disait que lorsqu’on créée, il faut savoir ce que l’on fait, mais pas trop. Nous sommes complètement là-dedans, c’est-à-dire que nous faisons de vrais choix, avec la volonté en même temps de laisser une vraie part au hasard, aux accidents, au laisser-aller, aux erreurs…

Peut-on parler de pop synthétique ou d’électro-pop ultra groovy indéniablement efficace ?

Clément - Synthétique, je n’en suis pas fou, car je  trouve qu’il y a un truc très froid dans ce mot là. Nous, on cherche plus l’humain dans notre musique, même s’il y a plein de machines. On va chercher des machines chaudes et non des machines froides. On a de vieux synthés, avec de vieux composants qui chauffent et qui sentent le cramé. Et du coup, les mots synthétique ou synth-pop, je ne trouve pas qu’ils nous correspondent vraiment.

Max - On est un peu la génération des publivores. Il y a deux choses : d’une, moi je suis graphiste, Roger mon frère, le bassiste est infographiste. On a la culture du motif efficace, mais ce n’est pas un choix pour plaire ou quoi que ce soit. De deux, c’est une espèce de test pour nous, le problème de l’efficace c’est quelque chose de générationnel et de naturel. On ne fait pas un morceau pour le jouer le lendemain sur scène ou pour le sortir direct, nous sommes dans une démarche qui s’appuie sur une maturation. On joue les choses !!! S’il y a la moindre chose qui nous soule, après avoir joué 150 fois un morceau, on le vire !! On a un album avec dix morceaux, on aurait pu avoir un album avec vingt, mais on a gardé uniquement ceux que l’on assumait totalement. Le temps et la maturation font qu’à la fin, on a quelque chose de surement très dense et de très efficace.

Concorde c’est un melting-pot de toutes vos influences réunies ?

Clément - Oui, sauf que nous ne sommes pas restés accrochés à ces influences. Je pense qu’il y a des groupes qui vont dire qu’ils font de la coldwave et basta !! Très souvent, les groupes essaient de s’étiqueter, il y a souvent une image qui va aller avec… On vient tous d’horizons assez différents, même s’il y a quelques groupes où on se retrouve tous. Max est hyper branché black music, groove, funk, 70’s. Roger est plus blues. Moi je suis vachement 90’s, Sonic Youth, My Bloody Valentine, Nirvana, les grosses guitares, le grunge à fond. On se rejoint aussi beaucoup sur les sorties du label DFA, moi je suis absolument fan.

Louis - J’ai beaucoup écouté de trucs seventy’s plutôt psychés. Les Pink Floyd c’est ma grosse référence, depuis j’ai beaucoup écouté Animal Collective. C’est un peu le groupe pour moi de cette dernière décennie. J’ai découvert la coldwave aussi plus récemment et j’en écoute beaucoup.

Max - C’est toujours difficile de fonctionner si tu n’es pas dans une niche. On le voit très bien aujourd’hui, les trucs qui marchent sont catégorisés. Si tu fais de la musique 8-bit par exemple, tu ne vas pas forcément marcher, mais tu as un public international, tu peux donc tourner dans de petites salles 8-bit, tu as un label et un distributeur 8-bit etc… Alors que nous, nous sommes beaucoup plus universalistes, nous sommes dans une niche qui s’appelle Concorde, c’est tout !!

Vos créations se font-elles selon des principes précis qui ont été conditionnés par votre inconscient ? Avec l’histoire des 9 artwork, j’ai quand même du mal à y croire, vous savez pertinemment ce qui marche non ?!!

Clément - Ce qui drive le projet, c’est le plaisir. Le plaisir, c’est de donner la possibilité aux gens d’écouter les titres en avant-première et de découvrir l’album sur la longueur. Ainsi tu peux t’approprier chaque chanson en prenant le temps, tu as une semaine pour te l’approprier.

Est-ce que vous utilisez ces nouvelles méthodes de diffusion et de communication pour sortir du lot ?

Max - On n’essaye pas de se distinguer, par rapport à ta question de conscience. C’est juste que nous sommes une génération qui sait comment les choses se passent. On sait qu’on ne sait rien et qu’on ne peut faire aucun calcul. Tu peux avoir toute la science du monde, tu ne peux pas décider de ce qui va marcher ou pas. De toute façon, ce n’est pas parce que tu as conscience des choses, que tu fais les choix en fonction de. Nous, jamais, on fait les choix en fonction de ça.

Vous êtes un peu les iconoclastes de la pop avec ces méthodes de diffusion du genre un titre par jour…

Clément - On a un vrai désir d’autonomie, on a notre label, nous n’avons pas spécialement eu envie de signer avec une major, en tout cas, nous ne sommes pas allés les chercher comme des fous. C’est un vrai choix, on est libre et on bosse avec les gens qu’on aime. C’est bête, mais pour toucher les gens, il faut diffuser et trouver le moyen de les attraper. On a réfléchi et puis on s’est dit que ça pouvait être cool de balancer une track par semaine, avec un artwork différent. Il y avait vraiment un désir de partager tout le boulot qu’on a fait ces dernières années. On était tellement presser de sortir l’album, qu’on voulait y aller deux mois avant. Comme nous n’étions pas signer sur une major, on s’en foutait et on pouvait le faire, ça c’était cool !!

Max - On a fait ce qu’on avait vraiment envie de faire, avec nos moyens. On a connu des évolutions !! Quand tu as dit tout à l’heure, qu’il n’y avait rien à jeter, il y en aurait beaucoup plus si nous avions tout composé la même année. Là tu as du rock hyper progressif, de la new-wave avec synthés et des rythmes hyper droits… Tu as des morceaux pop, des morceaux joyeux, d’autres plus tristes. Dans l’album, il y a des choses différentes et si je te donnais l’historique des compositions, tu verrais l’évolution !!

Ressentez-vous une quelconque frustration par rapport à votre indépendance musicale ?

Clément - La seule frustration qu’il peut y avoir c’est un truc qui pourrait être fait en deux semaines, toi tu mets deux mois à le faire, parce que réunir les gens et monter l’équipe, quand il n’y a pas de gros fonds à disposition, c’est compliqué !! Mais au final, le résultat c’est comme lorsque tu as galéré trois semaines à faire ton flip front en skate et que tu le rentres. A la fin tu es trop content !!

Quel est votre processus créatif?

Clément - Il n’y a pas de lois sur qui va influencer quoi. Ça peut être Max qui va arriver avec trois mesures ou trois accords et ça va influencer le reste. Louis va trouver un beat, Roger une ligne de basse et moi une ligne de chant.

Max - On travaille beaucoup sur les mélodies et sur les émotions. Sur tous nos titres, à la fois au niveau composition et paroles, le principe c’est de revenir aux émotions que tu peux avoir étant adolescent, car plus tu vieillis, et plus tu as tendance à t’éloigner de tout ça et à devenir froid. C’est une espèce de culture de l’entre-deux, c’est pour ça que l’on adore le mot mélancolie. C’est le sentiment des extrêmes, c’est-à-dire se sentir infiniment petit devant l’infiniment grand et en avoir conscience, l’adolescence c’est l’âge de la vie qui cristallise  tout ça. Quand on sort de l’enfance, de la naïveté totale et de la pureté, on commence à avoir conscience de la dureté du monde adulte et de thématiques beaucoup plus lourdes comme la mort, le vieillissement ou la rupture.

Y a-t-il un gros travail d’épuration au niveau de vos morceaux ?

Max - Clément et moi on s’est rencontré en photo et il a le souci de la perfection, à la limite du pathologique. Moi je suis plutôt en mode lo-fi, je pourrais sortir un album sur garage band, avec des micros pourris, que ça ne me poserait aucun problème. Clément c’est le plus esthète du groupe et c’est lui qui va nous faire le plus chier, pour que ce soit propre à la fin, bien que je n’aime pas particulièrement ce mot là.

Justement revendiquez-vous ce petit côté retro/intello qui plaît aux bobos ?

Louis - Il y a une esthétique dans le son, mais pour revenir à ce que tu disais sur la compression de nos morceaux, il est vrai que l’on cherche souvent un truc assez efficace dans la compo!!

Clément - C’est perfectionniste !! Les chansons les plus efficaces sont celles pour lesquelles on a le moins cherché. En général, en studio, si la ligne de chant arrive dans les cinq minutes, c’est okay !! S’il ne se passe rien, on laisse tomber et on passe à autre chose.

Je trouve qu’il y a un petit côté intello chez vous et une part d’élitisme avant-coureur, arrêtez-moi si je me trompe…

Max - Clément et moi, nous avons une culture commune de l’art contemporain. C’est ce recul-là, qui nous permet d’aborder la pop music, non pas par le côté variété, mais plus par le côté recherche de sonorités.

Clément - Chez nous, il y a un côté intemporel, je pense que nous aurions pu sortir pendant les 80’s ou les 90’s. On n’essaye pas de faire le truc du moment. Le maître mot de Concorde, c’est d’essayer de retrouver cette insouciance de gamin ou d’ado. C’est une sorte de punkisme insouciant, du genre le No Future des Punk, mais pas en mode où on sait ce qui se passe dans la vie, c’est en mode on ne sait pas, donc il n’y a pas de future.

Louis - Il n’y a pas non plus chez nous cette volonté de faire le truc du futur du genre Animal Collective, car eux ils ont eu cette volonté de faire le folk de 2048. Concorde c’est un truc qui tourne à 360 degrés et qui regarde vers le passé, avec plein d’influences un peu digérées. On essaye quand même de faire quelque chose qui sonne comme un disque de 2012.

Roger - Nous sommes les premiers surpris. Il va y avoir des gens de 40/45 ans qui vont adorer l’album, ainsi que notre énergie. Ces gens-là retrouvent des références de leur époque style Talking Heads, Talk Talk, Modern Talking, David Bowie ou Sting et en même temps, il y a des adolescents qui retrouvent leurs influences de manière très large, comme Animal Collective ou Grand National.

Et comment ne pas tomber dans le revival plombant ? (du genre on déterre tous les vestiges du passé et on fait une sorte de grosse tambouille)

Roger - C’est inévitable !! Il ne s’agit pas de revenir dans le passé, on essaie de garder l’innocence ou en tout cas l’esprit que tu peux avoir étant adolescent, tout en essayant de conserver cette fraicheur.

La scène indie pop dont vous faite partie est-elle une forme de punkisme 2.0 ?

Clément - Oui quelque part !! Il y a un retour à ces valeurs. C’est une liberté que nous apprécions aujourd’hui, parce que nous avons appris à travailler comme ça et parce que nous aimons bien.

Louis - Un punkisme aseptisé alors !

Roger - On ne dit pas Fuck à l’industrie musicale non plus !! Il y a dix, quinze ans, Concorde aurait été amené à signer beaucoup plus facilement, peut-être je n’en sais rien, on n’aurait pas forcément dit non. On ne revendique pas du tout ce côté-là. Il y a énormément d’outils actuellement qui te permettent de faire des disques beaucoup plus facilement qu’il y a vingt ans.

Max - Moi à titre personnel, le No Future, et ses slogans Fuck, c’est la merde, tous pourris, on va tous mourir, l’avenir est sombre…cela date des années 80, nous sommes en 2012. Le punk a toujours le même discours. C’est hyper consensuel de dire aujourd’hui qu’il n’y a pas d’avenir et qu’on va tous mourir !! Dire qu’il y a de l’espoir, qu’il faut mettre de la couleur et faire confiance à son imagination et à la création, ça je trouve que c’est une attitude punk, c’est de la rébellion.

Clément - C’est de la rébellion mais différente, ce n’est pas une rébellion autodestructrice, c’est une rébellion romantique !

Quelle est la suite pour vous, une tournée ?

Clément - Ça se prépare pour octobre. Une date est tombée, donc ça va suivre derrière. On va bosser notre release party, mais on ne va pas en parler, c’est secret !

Remerciements: Concorde, Clément Froissart, Max Zippel, Louis Delorme, Roger Zippel, Dorothée Froissart Bigot,

Crédit Photo: Misha Taylor

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